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Portrait de médiateurs de l’ANM
Hélène GEBHARDT : Médiateur naturel
Elle semble être tombée dans la médiation comme Obélix dans la potion magique. Rien au départ ne la prédisposait à cette fonction puisqu’après des études de droit, elle est devenue magistrat. Son histoire personnelle, son goût pour l'humain et surtout son intérêt pour les gens l’ont conduite vers une formation à la médiation où elle a compris combien cette matière lui convenait. Elle sait argumenter et parle de la médiation avec un enthousiasme qui séduit et convainc.
« Le droit, s'il a satisfait mon intellect, n'est pas forcément appliqué de manière utile. Les sciences humaines, notamment la psychologie, me passionnent. Je n’aime pas le pouvoir et le droit ne m’intéresse plus car, pour moi, le droit a une relation forte avec le pouvoir. » En fait, dans sa profession précédente, ce qui lui a plu, c’était le contact avec les gens. « Chaque dossier traité est une histoire de vie avec ses souffrances et ses difficultés. L’être humain, avec ses grandeurs et ses petitesses, est réellement fascinant, donc la médiation est captivante.»
Pour Hélène, l’esprit de médiation permet de comprendre la vision de l’autre et de ne pas rester figé sur sa position. Promouvoir la médiation est pour elle tout aussi intéressant que de faire des médiations. En parlant de médiation, elle a l’impression de faire des actes sociaux importants et de contribuer à relativiser les choses. En pratiquant la médiation, elle tente de résoudre définitivement les litiges, de pacifier le conflit, de défaire les nœuds, de libérer la parole pour aboutir à une solution durable, « tout cela, le procès ne le permet pas » affirme-t-elle haut et fort. Sa vision large du conflit acquise par son ancienne profession, lui permet d’être à l’aise dans la médiation. Son maître mot : « le dialogue, le vrai, et non des monologues juxtaposés. »
Confiance et respect dirigent le quotidien de sa vie. « Le médiateur est comme
un guide de montagne qui pose les règles (sécurité), conduit les personnes
(responsabilité) et fait le même chemin qu’elles. Il est possible de réussir le
parcours uniquement si les personnes sont en confiance et se respectent. »
Et puis, dit-elle « je suis sereine, naturelle, spontanée et dans la réaction de
l’instant. C’est tout une façon d’être … on en revient toujours à un état
d’esprit »
Si elle était un animal, elle choisirait d'être une abeille car « c’est un insecte
défini comme social qui butine d’une fleur à l’autre pour produire du miel. Le
médiateur, qui sert d’aiguillon par des ‘piqûres de rappel’ pour diffuser
l’esprit de médiation, transporte la parole d’une partie à l’autre et permet ainsi
l’éclosion du dialogue. »
Jean-Jacques DI CRISTO : Médiateur professionnel
« Le métier de médiateur appartient à des gens qui ont une formation et l’esprit »
Voici l’essentiel du message de Jean-Jacques Di Cristo médiateur installé à NICE en libéral depuis 14 ans.
Jean-Jacques, après des études de commerce et de droit international,
a rencontré la résolution des conflits par les techniques de communication.
Il a alors eu envie de développer ce domaine de règlement des conflits et a découvert le métier de médiateur au Canada.
« Je ne suis pas allé à la médiation, c’est la médiation qui est venue à moi. ».
Depuis sa formation, la mise à jour de ses connaissances et l’amélioration de ses compétences de médiateur sont pour lui des questions essentielles qu’il se pose : « Je me filme (on ne voit que moi ; les parties sont de dos) et je peux alors soit m’auto évaluer soit envoyer le film au Canada pour une évaluation par mes pairs. Par ailleurs, je vais régulièrement au Canada rencontrer un professeur pour réviser certains points en raison de l’évolution de la société et mettre à jour mes connaissances en technique de communication.»
La médiation est une profession à part entière reposant sur la formation et l’esprit.
L’esprit repose sur trois piliers :
- la philosophie de la médiation
- la recherche par le médiateur de l’autonomie et la responsabilisation des personnes en médiation
- la conception pédagogique de la médiation.
Jean-Jacques Di Cristo exerce donc le métier de médiateur (nombre de médiations par semaine environ : 10 à 15).
Son activité se développe par le bouche à oreille mais aussi par sa volonté personnelle :
« Je me donne les moyens de faire comprendre et admettre autour de moi qu’il existe un autre moyen de régler
un conflit avant d’aller au judiciaire ». Il est généraliste et peut exercer dans tous les domaines – école, hôpital,
succession, prud’hommes, syndics et copropriétaires…), puisqu’il s’attache essentiellement à re-créer la relation entre les gens. « Dans un processus de médiation, Il faut toujours conserver sa personnalité.»
Pour Jean-Jacques DI CRISTO, il n’y a pas de bonne ou mauvaise médiation, il y a une médiation, discipline consacrée à la qualité de circulation des informations entre les parties : « Chaque médiation apporte à chaque médiation. Je tire les leçons de chaque faux pas que je peux faire. Ma compétence est aujourd’hui, le résultat d’un travail en amont où je me remets en question en permanence autour de cette question : est-ce que je peux faire mieux?. »
« Je vis chaque médiation. Je rentre dans les personnages. Je cherche à savoir ce que la personne exprime, je suis attentif à la manière dont elle s’exprime : cela me donne les clés de son mode de fonctionnement et me permet de rendre mon approche plus performant »
Jean-Jacques raconte la médiation qu’il a faite entre un couple très jeune, issu de l’école de police. Très amoureux, ils se marient. Ils travaillent dans le même commissariat mais à des heures différentes. Rapidement, ils sont convaincus qu’ils ne s’aiment plus et très convaincus décident de divorcer. Le juge les envoie rencontrer un médiateur : c’est Jean-Jacques Di Cristo qui les reçoit. Il ne cherche pas à changer leur trajectoire (le divorce) mais leur faire découvrir respectivement leur point de vue. Le travail de médiation a permis de faire le point sur leur mode de comportement et de comprendre qu’ils ne se voyaient plus, ils se croisaient mais ne voyaient que leur propre coéquipier. Jean-Jacques qui utilise beaucoup les métaphores, les images : (le bateau avec une seule rame…)et les histoires, leur raconte Devos : « Au début, avec ma femme, on était tellement timides qu’on osait à peine se regarder. Aujourd’hui, on ne peut plus se voir » Le couple comprend alors que c’est le mode de fonctionnement au travail qui les a éloignés. Ils ne se regardaient plus mais ils s’aimaient toujours ! Ils ont divorcé - « Malheureusement.. » ;disent-ils - mais revivent aujourd’hui ensemble !
« La formation et l’esprit sont bien les deux rames qui permettent au bateau de la médiation de naviguer pour arriver à bon port ».
